Numéro 2

Je me suis levé avec une bonne gueule de bois ce matin. La trilogie bar / resto / discothèque a souvent un effet larvesque chez moi. Je suis d’abord allé dans un café prônant l’happy hour, avec des cocktails de malade pour un prix somme toute raisonnable. Pensez donc... Deux Long Island pour le prix d’un, ça laisse quelques traces, mais ça me permet au moins d’envisager la soirée sous un jour plus festif. Des amis m’ont rejoint. De solitaire je suis devenu acolyte d’une bande dont je ne connaissais qu’une personne. Cinq mecs, c’est assez sympa pour faire une soirée tarot ou pour faire la tournée des bars. Mais je crois qu’aucun de nous n’avait envie de finir devant TF1 et sa pauvre émission ou série destinée à la ménagère de moins de cinquante ans, entrecoupée de pub pour des produits inutilement utiles.
Heureusement, parmi les cinq, se trouvait un mec bourré de thunes (ça attire toujours la femelle pavanante) et un mec donnant des cours de drague. Pour ce dernier, quand il s’est présenté ("Bonjour, je m’appelle Olivier, j’ai ma propre boîte dans le VIIIème, dans le domaine du recouvrement des capacités émotives et communicatives des gens timides et coincés"), j’ai cru à une vaste farce. Et puis je l’ai vu à l’oeuvre, et j’ai halluciné. Lui et le gars blindé de thunes ont réussi le tour de force d’inviter cinq nanas à notre table. Je crois que je vais aller prendre des cours chez lui. En tout cas, le serveur me regardait d’un oeil noir : cela faisait la 3ème fois que je changeais de table en moins de deux heures. 1, 2, 5, 10, je n’ai jamais su compter.
Enfin...
A la fin de la troisième tournée de cocktails, soit moins d’une heure après leur arrivée, on a décidé d’aller dans un restaurant spécialisé dans la cuisine provençale. Avec les cinq nanas donc. La mienne s’appelait Mélissah. Soit disant qu’elle était assistante de direction. Vu son élocution et ses formes, j’étais plutôt prêt à croire qu’il s’agissait de la secrétaire "particulière" du boss de sa boîte. Une vraie poule. Mignonne dans le genre vulgaire, intelligente dans le domaine de la culture de masse. Le genre à parler de la Star Academy comme représentation du monde moderne et à considérer Koh-Lanta comme le summum de l’aventure. Mais bon...
Le repas a duré un moment. Je ne sais plus exactement combien de temps, quels furent les sujets abordés, je me rappelle juste de bribes de conversations ("Oh, et Patrick, comme il est trop chouuu", "Je me vois bien à 40 ans en mère célibataire et avec un ou deux amants").
Un repas en solitaire, c’est déprimant, mais l’avantage c’est que, parlant avec vous-même, vous vous donnez toujours raison. A deux, il faut faire la conversation, éviter l’écueil des blancs et des pertes d’intérêts à force de parler de soi. Par contre, à plus de cinq, c’est l’idéal : il suffit de faire "mmmh mmh", "oui" et "non" de temps en temps, histoire de signaler votre présence, et tout se passe pour le mieux. Les réactions n’arrivent que le lendemain, et dépendent en grande partie de l’état d’éthylisme de vos partenaires de la veille. Comme je n’en connaissais qu’un, et encore, je n’étais pas intime avec lui, je ne risquais rien.
J’avoue avoir décroché pendant le repas, ne me réveillant et ne me manifestant que pour me faire remplir mon verre de rosé ou de champagne, selon le moment.
Vers une heure du matin, les serveurs en ont eu marre, ils nous ont offert le digestif avec un grand sourire, tout en nous présentant l’addition. A dire vrai, ils l’ont surtout présenté à ‘Môssieur-je-suis-pété-de-thunes’. Qui a payé le presque millier d’euros sans rechigner. Ça fait toujours son petit effet, les poules se sont immédiatement mises à glousser et à avoir froid, tout en caquetant pour annoncer leur envie de continuer la soirée en boîte. Ce qui fut fait. Ce qui m’arrangeait, car j’ai pu leur fausser compagnie en plein milieu d’une tentative de mix par un apprenti Dj.
Vers 5h du mat’ donc, j’ai raccompagné Mél chez elle, en taxi, me conduisant en gentleman et refusant son invitation à prendre un café chez elle en arguant qu’il se faisait tard mais que je me ferais un plaisir de la voir incessamment sous peu, voire même très rapidement. Son numéro de téléphone en poche, je remontais dans le taxi et lui donnait l’adresse de chez moi, en me disant que la journée de demain était d’ores et déjà à considérer comme perdue.
En me levant le lendemain matin, mon premier geste, avant même de me fumer une clope ou de me prendre un café fut de me traîner à la salle de bain afin de prendre un Efferalgan. Ce qui m’amena à une sensation de quasi orgasme, tellement mon crâne servait de théâtre à une représentation en Dolby Digital 5.1 d’Apocalypse Now. En voyant l’heure (15h), je me mis à fantasmer sur ma prochaine nuit, m’imaginant dans les bras de Morphée, tout en me disant que le plus tôt serait le mieux.
Café.
Clope.
Courses. Ou du moins courses vitales, dans le sens où je me limitais à café, clopes, jus d’orange, coca, plats cuisinés : de quoi tenir le week-end en somme.
Film. Que je n’ai même pas vu en entier, n’arrivant pas à rester suffisamment concentré sur l’écran pour voir l’ heure et demi du teen movie.
Vers 19h, je me retrouvais comme un fantôme dans mon appart (après ‘Ghost in the shell’, why not un ‘Ghost in the flat’ ?), à essayer de me motiver pour changer la litière du chat (impossible, elle est trop crade), faire la vaisselle (trop long, il y en a trop), ranger le salon (compliqué, en plus faut faire le tri) ou nettoyer (un peu plus sale ou un peu moins, la différence n’est guère flagrante). De fil en aiguille et de reports en abandons, je me retrouvais devant ma machine.
Mes doigts se mirent à courir sur le clavier, à vitesse réduite, et je me connectais à un site de conversation en direct. Bien qu’ayant un compte, je m’en créais un nouveau, psyl0cked, puis lançait le chat, direction une room dédiée à la boîte où nous avions passé la soirée.
Parmi les connectées, je cliquais sur le nom d’une demi-douzaine de pseudo attirants et commençais mon travail de pêche.
Le principe est simple : il vous faut lancer l’hameçon, voir qui accroche puis ferrer le poisson. Au bout d’une vingtaine de minutes, une jeune fille, à peine majeure, était toujours en train de me parler. Nous avions fait le tour de nos goûts en communs, de nos passions communes et de nos envies communes. A aucun moment elle n’a douté de la véracité de mes propos : comme disait l’autre (William Gibson je crois), "Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien".
Le moment fatidique arrivait : il fallait l’amener à se décrire, et qu’elle m’envoie une photo d’elle. Tout en priant pour qu’elle ne soit pas trop moche, qu’elle m’attire et qu’elle soit célibataire si possible. D’après notre papotage, je pouvais être plus ou moins son type de mec, et à priori, elle n’était pas contre une rencontre réelle.
Elle ne recula pas ni ne se bloqua lorsque je lui dit de se décrire. Et elle accepta de m’envoyer sa photo, si je lui envoyais la mienne. Ce qui n’étais pas un problème : j’avais un stock d’image de moi, soit anciennes, soit retouchées, assez fourni pour tenir le coup.
Cet échange effectué, elle décréta que j’étais charmant, et pas du tout obsédé comme la plupart des mecs sur le chat. Quant à moi, bien que ne correspondant pas exactement à ce que je cherchais, c’était la seule à continuer de parler. N’ayant rien d’autre à faire pour le moment, je laissais courir, appliquant la méthode du poker : payer pour voir.
Quand je lui ai demandé si elle était célibataire, elle m’a répondu que non.
Le jeu pouvait commencer.
Action ou vérité connasse ? Jusqu’où vas-tu aller ?
D’entrée de jeu, elle me dit qu’elle était attirée par les mecs dans mon genre. Avouez que juste après avoir annoncé qu’elle était seule depuis presque 3 mois, il y a de quoi prendre ça pour une proposition.
Ce que je fis.
Ce qu’elle répondit ("Pourquoi pas, il faudrait qu’on se voit pour ça") me conforta dans l’idée qu’elle pourrait devenir une proie hypothétique, encore fallait-il que quelque chose m’attire...
Ce quelque chose, elle me le dit d’elle-même presque tout de suite après, et sans s’en rendre compte.
Sang.10> y’a ke d mdf ki o bout de 2 msg me demandent si je suce.
Sang.10> alors pr 1 fois k’il ya 1 mec charmant ki me parle, pkoi pa ?
Psyl0cked> mdf ?
Sang.10> T nvo sur le chat ou koi ? lol
Sang.10> mdf=mort de faim
Sang.10> d mecs en mank koi
Psyl0cked> pk, ya ke d mecs en mank ! jms les filles ? depuis 3 mois ke t clib, ça te mank pa ?
Sang.10> la tendresse, les câlins me manquent c’est vrai. Mais tu sais, je n’ai couché qu’avec un seul mec, mon ex. Et encore une seule fois.
Sang.10> ms j’aimerais bien recommencer :-p
Intéressant. Une presque vierge... Elle pourrait me servir d’objet. Elle ne connaît rien et a tout à apprendre. Que sait-elle vraiment ? Est-ce qu’elle a envie de sucer un mec et de recommencer ? Est-ce qu’elle a envie de se faire prendre comme une chienne ? Que peut-elle faire si elle se fait baiser menottée et les yeux bandés ? Si elle ne sait rien, elle peut devenir accroc si elle prend son pied. C’est juste une question de dressage...
Psyl0cked> mmmh, c’est une proposition ? il te faut un cobaye ?lol
Sang.10> euh. Je c pa. Je t jms vu. Ms...
Psyl0cked> a toi de voir. Ça peut le faire
Sang.10> c sûr, ms vu ce ke je fais, je pense pa intéresser un mec :(
Sang.10> enfin ce ke je fé, c +tot ce ke je fé pa :(((
Psyl0cked> cad ?
Sang.10> c tro intime, je ve pa en parler non ms oh ! lol lol
Psyl0cked> tinkiete pa, o pire jtoré propozé un cunni mdr
Sang.10> mmmh,ça j’m
Psyl0cked> tu vois, tu fé d trucs
Sang.10> ds le basik oui : g couché une fois ac mon ex, et sinon c t ke d préliminaires. Fellation et cuni. Pa plus
Psyl0cked> oh ! comment tu parles
Sang.10> c bon,c toi kia commencé !!!!!!!!
Psyl0cked> bon d’akkor. 1-0 pr toi. On se voit et jte fré un kado
Sang.10> avec la langue ? lol
Psyl0cked> pkoi pa
Sang.10> jozerais pa. Tro timide. G presk rien fait alors...............................
Bien. Si tu n’as rien fait, c’est que tu as tout à faire. Viens mon enfant, viens voir papa. Deviens mon esclave... Tu vas prendre ton pied, en redemander, et me servir de défouloir...
Sang.10> en+, meme ac mon ex, il y a u k’1 fois pénétration,dc kan je dis ke g rien fé, c vré
Sang.10> lol
Sang.10> putain ms pkoi jte rakonte ça moi ?
Facile, tu es en manque. Mais tu ne veux pas l’avouer. Et je te plais, tu sais que tu pourras pas m’avoir dans tes bras, mais peut-être que tu pourrais m’avoir dans ton cul. Alors tu te lâches, tu ne m’as jamais vu, tu ne me connais pas et le dicton a foutrement raison "Qui ne tente rien n’a rien"...
Psyl0cked> bof chais pa
Psyl0cked> ms a part ça, rien fé d’otre ?
Sang.10> nan :(((((
Sang.10> c pa drole
Psyl0cked> jme marre pas. Ms veut bien t’inviter. Boire un coup. Et plus si affinités ;)
Et accessoirement devenir le numéro deux de ta vie sexuelle. Etre le numéro un est trop compliqué, trop lié à l’amour. Après, c’est fini, les verrous ont sauté, tu crois pouvoir faire ce que tu veux...
Psyl0cked> tant ke c pa du sérieux ke tu cherches !
Sang.10> lol
Sang.10> même si c t le K, ça sré pa ac toi ke jle trouverais je pense
Sang.10> ms ok pr le verre
Très bien. Tu sais que je suis d’accord pour te sauter, et tu l’acceptes.
Après je ne me souviens plus trop de la conversation. : je sais qu’elle à ses règles et que donc pour le moment elle ne peut rien faire, que c’est la première fois qu’elle parle comme ça, qu’elle craint de vomir en avalant le sperme et que sa première fois s’est assez mal passée, parce qu’elle avait mal et qu’elle ne mouillait pas assez... Et qu’entre nous, elle ne prévoit rien, que ça dépend de si on se plaît, de si elle se sent à l’aise... Tout en disant qu’elle fait un 95B, qu’elle préfère les strings au culotte et que sa devise est "Carpe Diem"...
On prend rendez-vous pour le week-end suivant (quand elle sera "clean"), je prends son numéro, lui souhaite une bonne soirée et me déconnecte.
La soirée est bien entamée, la journée est à classer dans la colonne inutile. Mais j’ai un plan Q, et ça peut avoir son utilité. Ce qui en soit rend la journée moins inutile.
Je vais jusqu’au salon, et décide de me mater un film d’action. Le genre de film où on peut laisser son cerveau de côté. Et après j’irai me coucher. Demain est le jour du Saigneur. Et comme je commence une nouvelle mission chez un nouveau client lundi, je n’ai pas trop envie d’arriver fracassé et de passer deux jours de suite dans le gaz...