Métro

Une heure et demi.
Une putain d’heure et demi.
Sa mère.
Presque deux heures pour faire de chez moi aux Champs Elysées, où j’avais un rendez-vous professionnel. Dans un bureau.
Avec des pingouins.
L’horreur. Totale et absolue.
J’aurais dû m’en douter, mais je ne l’avais pas capté lorsque j’ai accepté de venir à 14h. Ce client me faisait tellement chier que je voulais surtout m’en débarrasser. Le genre à vous appeler à neuf heures du soir parce qu’il a une subite inspiration pseudo artistique.
Fait chier.
J’ai eu du mal à garder le contrôle.
Entouré de gens, d’humains, tous puants et pinaillants.
Bande de connards.
Si vous saviez ce qu’est votre minable existence.
Je me souviens d’un texte que j’avais lu, où le mec ramenait l’évolution de la planète à une semaine. La vie humaine était du coup égale à une fraction de seconde. Ça fait pas des masses.
Moutons. Veaux. Porcs.
Aujourd’hui, j’ai eu l’impression de rentrer dans une ménagerie en foutant les pieds dans la rame.
Avec la vieille édentée qui me regardait en faisant la moue, vieille bourgeoise rêvée sur le retour.
Avec le jeune qui en veut, habillé à la mode cet hiver (parka de l’armée, comme moi, piercing flambant neuf à l’arcade, fier d’exhiber ses grolles neuves à 150€).
Avec la touriste (ou assimilée), trop bonne dans son jean taille basse.
Avec le prétentieux pingouin fringué en costard, persuadé qu’il s’habille avec goût et classe, alors qu’il ressemble à un clochard de bureau.
Avec les deux nerds qui ne font que parler informatique, développement et Internet, persuadés de tout connaître du monde alors qu’ils n’en ont qu’entendu parler.
Avec le rebelle de base, bourré et écroulé sur son strapontin.
Plus une dizaine de connards et connasses qui n’auraient rien à foutre là si on avait dû respecter les normes de personnes par mètre carré.
J’ai pensé tour à tour à : forcer la vieille à sucer le rebelle, rendant ainsi service aux deux, fracasser la tête du jeune qui en veut contre la vitre crasseuse de la porte, baiser comme une chienne la touriste, foutre à poil le cadre et le faire sucer l’un des nerds pendant que l’autre le sodomise. Çà aurait peut-être permis de faire découvrir les joies du plaisir homosexuel à trois personnes.
J’ai rien fait.
Ou si peu…
J’aime la beauté.
En rentrant dans le wagon, j’ai bloqué de suite sur la nana. Cheveux châtains tirant sur le noir, arrivant en carré plongeant sur la nuque, teint bronzé, ou plutôt doré, yeux verts assez maquillés, mais sans excès. Un pull gris en laine, tout simple, avec une veste en jean. Cintrée la veste en jean. Et le pull ne dépassait pas de la chemise, qui elle-même laissait voir le nombril.
Plat et piercé. L’air doux et attirant.
Quand je suis monté, elle était face à moi, dos à la vitre, la moue songeuse et réfléchie… Les yeux perdus dans le vague, fracassée ou déphasée… Survolant l’étendue du wagon d’un regard momentanément absent.
Puis le métro a redémarré et elle s’est épaulée à la vitre, se montrant ainsi de profil. Son jean taille basse, d’un bleu tirant sur l’émeraude, (j’aurais parié un Buffalo ou un KilliWatch) mettait en valeur son cul.
Tout était calculé. La salope était bonne, le savait et en jouait. Se baladant d’un air de "je suis une bombe, les mecs ont envie de moi et ça vous rend dingue".
Fermeture des paupières.
Le métro s’efface pour faire place à un film porno, où ma partenaire n’est autre que la touriste… Vêtue différemment soit, mais elle tout de même.
Dans mon fantasme, elle porte une robe noire, assez courte, mettant en valeur ses jambes et sa taille… Je la tiens par les cheveux pendant qu’elle me suce, à genoux, puis allongée tête bêche pendant que je la lèche… Hors d’oeuvre hors du temps, où seul compte le fait de prendre son pied le plus de fois possible. Et plus grand chose d’autre une fois la robe enlevée, juste un string noir en dentelle, présent pour la forme. Puis je suis allongé et elle est sur moi, montant en pression tout en faisant un mouvement de va et vient et gémissant de plus en plus… Chose me rendant dingue et me poussant à la prendre en levrette, sans concessions et sans attentions… J’écarte son cul et la pénètre de plus en plus vite et profond, la faisant griffer les draps et crier, bouffant le traversin pour éviter d’ameuter le quartier de son décollage immédiat pour le septième ciel… Je jouis en elle, et tandis qu’elle s’allonge, à plat ventre, je mouille son cul et la prends en douceur, sans relâche et sans repos… Elle n’aime pas mais se laisse faire : si un gigolo se fait payer en argent, un bon amant se fait payer en nature. Puis finalement change d’avis et décide que la jouissance anale est possible.
Ouverture des paupières : je manque de me manger le poteau. Confection d’un visage en mode fatigué et reprise de conscience. Bienvenue dans le monde réel Simon.
J’ai envie d’elle.
Je sais que cela ne sera pas possible.
J’ai envie de la baiser. Ou de la tuer. Au choix.
Et dans un métro plein, ça tient du suicide.
Du coup le métro m’a encore plus gonflé.
Résignation, c’est le fait d’accepter de manière impuissante les choses. Alors on va dire que je me suis résigné. En me disant que si elle sortait à la station Franklin Roosevelt ou Charles de Gaulle – Etoile je la suivrai, retard pour retard, un contrôle de police ou de la RATP est une excuse facile dans ce nouvel état policier.
Coup de bol, elle est sortie à Etoile et s’est dirigée vers l’UGC. Où elle a retrouvé une copine. Je m’allume une cigarette, et me dirige tranquillement vers les programmes, pendant qu’elles prennent deux places pour une séance qui a lieu 10 minutes après.
Je regarde d’un oeil distrait les films à l’affiche, les ayant quasiment déjà tous vus, soit en avant première grâce à DivX soit pour avoir lâché 10€ quand j’estimais que ça en valait la peine. Enregistre la durée de leur film et enclenche le chrono : le rendezvous durera 90 minutes, pas plus.
J’ai un autre rendez-vous.
Avec une étudiante friquée que j’ai prise pour une touriste.
Que je vais traquer.
Que je vais violer.
Que je vais tuer.
Et que je vais faire souffrir.