Apparence

Je suis un guédro. Un drogué, pardon. Faut que j’arrête de parler comme j’écris. Non, d’écrire comme je parle. Désolé. Mon phrasé n’est pas des plus performants et je m’en excuse.
Mort de rire. "LOL", c’est plus court et plus rapide.

Depuis que je suis free lance, je suis libre. Réellement. Si c’est votre cas, alors vous comprenez le pied immense que vous avez à pouvoir vous dire : "tiens, maintenant, j’vais mater Doberman (parce que vous en avez la subite et pressante envie)."
C’est mortel.
C’est de la balle.

Balle. Pistolet. Gun. Fusil à pompe. Armes basiques et ô combien inintéressantes

Mon esprit part en couilles, comme toujours.
Je disais quoi ?

Ah oui, mon boulot. Du fait que je travaille par contrat, il m’arrive de pouvoir disparaître pendant une durée indéterminée. A moi de savoir gérer mon temps. "Qui contrôle son passé contrôle son présent, qui contrôle son présent contrôle son avenir".
Raison ? Tort ?
A priori tort, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver…
A priori raison, si l’on considère le passé, présent et futur en tant que valeur temporelle, et non plus en tant que valeur évènementielle…

Bosser dans le net, c’est aussi rester connecté.
Quasiment H24.
Et du coup, pouvoir avoir beaucoup de temps à consacrer à traîner dans les forums et les chats.

Règle numéro une : ne pas utiliser le même chat avec le même pseudo.
Règle numéro deux : ne pas laisser de traces. Ou le minimum nécessaire.
Règle numéro trois : ne pas diffuser d’informations privées.
Règle numéro quatre : rester dans le flou tout en donnant l’impression de se dévoiler.
Règle numéro cinq : connaître sa peur, son fantasme ou sa fierté physique.
Règle numéro six : recouper l’information.
Règle numéro sept : keep in memory, "La prudence fait la moitié de la vie."

Et plus je serai prudent, plus je resterai en vie.
Et plus je resterai en vie, plus je pourrai continuer.
CQFD.

Je me suis renseigné sur mes "compagnons de travail". En rendant grâce au FBI américain (du moins le NCAVC) d’avoir si bien classé les tueurs : d’un côté les "mass murderer" (tueurs de masse, éliminant plusieurs gugusses lors de la même partie et au même endroit) et leurs cousins, les "spree killer" (eux éliminent plusieurs personnes lors de la même partie, mais en se bougeant le cul). De l’autre, les "serial killer". Plusieurs crimes, sur une ou plusieurs victimes, répétés dans le temps, à intervalles (ir)régulier.

Pour les chiffres, on repassera une autre fois. Mais bon, certains sont hallucinants. J’ai lu le dossier d’un mec sur un webzine. Il avait l’air assez bien documenté, interview d’un spécialiste, statistiques, tout le toutim… Le grand jeu quoi. Il avançait pour certains plus de 300 morts. Pedro Alonso Lopez. Et encore, pour lui, les autorités pensent que c’est une estimation "basse". Ou près de 200 pour Henry Lee Lucas et Otis Tool, le roi du sadisme et le général de la douleur… Hallucinant. Plus leurs méthodes. Franchement, lire des bouquins et surfer sur des sites pour en apprendre plus m’a fasciné.

Pendant longtemps, j’ai libéré ma noirceur en me défoulant sur mon punching-ball et en lisant ces trucs.
Pendant longtemps, j’ai été à la page et sans problème monétaire.

Obligé de courber l’échine devant des connards voulant m’apprendre comment fonctionnaient les gens. Fils de pute, tu crois quoi ? Je te fais un truc mortel, bien foutu et tout, et toi tu me sors une illumination, tu te prends pour Picasso et tu me demandes de tout changer, et moi, humble serf, je dois te croire et exécuter ? Que dalle, t’es jaloux, t’as la thune et tu m’le fais sentir et payer à ta manière… Enculé de bourgeois.

J’avoue l’avoir pensé. Maintes et maintes fois. Mais à chaque fois, ne pas faire de vague, arrondir les angles. Serial Simon, fais dodo, t’auras du sang plus tard. Concentre-toi sur ton boulot.
Si bien qu’à force, j’ai pu m’assurer le minimum vital. Les gens se sont filés mon numéro de phone comme ils se seraient passé un bédo. Et vas-y que je le lâche avec difficulté, et vas-y que je fasse genre ‘tucomprendsilfaitunsuperbonboulotalorsmelepiquepastrop’…
Mais la maille a commencé à affluer.
Traduction : la thune à commencer à rentrer.
Traduction de la traduction : j’ai commencé à gagner de l’argent.

Ça m’a permis de vivre correctement, de pouvoir me cultiver, rentrer dans des milieux et me fondre dans une masse.
Montre-toi excentrique et tu peux t’intégrer, mais tu es sur le fil du rasoir.
Reste discret, fais du bon boulot et tu deviens partie intégrante du système.
Ce qui est plus utile pour pouvoir savoir les choses à faire et les endroits ou être.

Nul n’est censé savoir exactement ce que tu fais. Même la personne qui partage ta vie. Personne ne doit être au courant de quoi que ce soit.
Là encore, la virtualité de mon travail me permettait d’avoir une liberté supplémentaire.
- Simon, j’ai envie de te voir… On se voit ?
- Désolé ma chérie, mais là j’ai un super projet de malade à boucler pour lundi… Ça va être chaud…
Mieux vaut ce dialogue là qu’un autre.
- Simon, j’ai grave envie de toi, ça fait deux semaines qu’on s’est pas vu mon doudou…
- M’en fous salope, là je vais aller me faire une meuf. Une étudiante qui fait la pute par goût et par besoin. Je vais la baiser parce que c’est ce qu’elle veut, et après on jouera avec des bougies.

Y’aurais eu clash.
Blocage.
Réflexion ultérieure.
Limite des risques au maximum = liberté d’action quasi-totale.

Astuce psychologique : pour rendre l’histoire crédible, ancrer les éléments dans le temps. Le temps détruit tout, mais démontre beaucoup de choses sur son passage.

J’étais (et je suis) toujours en train de faire quelque chose.
Une meilleure organisation m’aurait permis de faire mieux et de gérer de manière plus socialement agréable.
Fuck.
Tout n’est qu’apparence, moi, ça me permet de pouvoir faire ce que je veux.

J’ai lu qu’un serial killer a besoin du sentiment de puissance procuré par l’acte. Exact. Quoi de plus jouissif que de sentir la détresse animale dans les yeux de la personne qui sait pertinemment qu’elle va mourir ?
Et là encore, l’apparence prend toute son importance : quelle sera la différence pour la chose qui va mourir ? Voir un regard doux et compréhensif ? Sentir la folie et la haine dans mes yeux ? Ou, peut être pire que tout, mourir dans la solitude ?

Apparence. Aspect extérieur d’une personne. Ce qui semble être.

Tout tourne autour de ça. C’est ce qui m’a sauvé. Et qui me sauve, encore et toujours.